Hélène raconte les raisons pour lesquelles elle a quitté son pays, les souffrances vécues pendant son parcours migratoire du Cameroun au Maroc, et les difficultés rencontrées.

“Je m’appelle Hélène, je viens du Cameroun et je suis mère de trois enfants qui sont restés là-bas. J’ai quitté le Cameroun parce que je voulais fuir mon mari qui me battait, me menaçait et ne me permettait plus de voir mes enfants. Un jour une amie d’enfance m’a proposé de quitter le Cameroun, parce que tant que je restais là-bas, il aura continué à me nuire. Elle m’a proposé de prendre la route, comme elle avait fait pour rejoindre l’Espagne. C’était là où j’ai commencé à faire des économies et à me renseigner sur le voyage. Le voyage était mon seul espoir, car même si je restais chez la famille il m’aurait trouvée et m’aurait tuée. Un jour, après avoir mis 50.000 francs de côté, j’ai décidé de partir vers l’inconnu, sans vraiment savoir où j’allais. Une fois arrivée au Nigéria j’ai trouvé d’autres compatriotes. J’y ai trouvé des femmes qui se débrouillaient aussi comme moi et j’ai commencé à travailler avec elles. Selon ce que racontaient les gens qu’en Algérie, j’aurais pu travailler et gagner plus. J’ai donc quitté le Nigéria et j’ai pris la route vers l’Algérie. Une fois arrivée au niveau du Niger, on a pris des motos qui nous ont amené dans le désert pendant une distance de cinq ou six kilomètres. Une fois dans le désert, il y avait des camions qui nous ont amenés à Tamanrasset, la première ville algérienne que nous avons traversé. Quand nous sommes arrivés là-bas, ils nous ont amené dans une petite chambre, on était plus d’une trentaine de femmes, enfants et hommes. Le lendemain dans la nuit la police est venue et elle nous a tous emmené à Assamaka, une petite ville située dans le désert au nord- ouest du Niger dans la région d’Agadez, près de la frontière avec l’Algérie, dans un camp de réfugié. Ils nous demandaient de signer la déportation pour rentrer dans nos pays, et si on refusait on devait rester dans le camp. Heureusement, le monsieur qui nous a amené jusqu’en Algérie, en connaissant mon problème m’avait promis de m’aider. Il nous a envoyé des personnes avec une voiture pour nous accompagner chez lui à Tamanrasset, en Algérie. Je suis restée là-bas pour deux mois et après on devait prendre la route pour Oran, et ce n’était pas facile du tout. On a fait le parcours à pied, car il y avait beaucoup de contrôle. Là-bas si les policiers t’attrapent, c’est direction Assamaka, c’est de la bastonnade, c’était vraiment horrible. Nous étions cachés tout le temps, dans l’impossibilité de sortir des maisons. Je ne pouvais pas rester là-bas, donc j’ai décidé de prendre la route à nouveau, avec l’aide de ma tante qui avait payé un monsieur pour qu’il m’accompagne jusqu’au Maroc. Une fois j’ai rejoint le convoi, nous avons pris le train, et puis nous avons fait deux jours de marche dans la forêt, de jour comme de nuit. Et quand nous voyions la police, on se cachait. C’est comme cela que nous sommes arrivés à Oujda. Après, j’ai directement pris le bus pour me rendre chez ma tante à Marrakech. Dans sa maison, il y avait plusieurs personnes. Elle m’avait présenté à une de ses filles qui avait un salon de coiffure et qui m’a embauché pour travailler avec elle. J’ai donc réussi à louer une chambre. Malheureusement, à cause de la crise sanitaire ma patronne n’avait plus de quoi nous payer, du coup j’ai dû rentrer à la maison avec ma tante. J’ai trop mal, parce que je suis ici et je ne sais pas comment m’en sortir. Mes fils me manquent beaucoup, je voudrais au moins entendre leur voix. Je n’ai pas de papier, je n’ai absolument rien.”