« Nous sommes entrés à Ceuta à pieds, autour de la barrière qui marque la frontière entre les deux territoires, on avait beaucoup d’espoir » raconte Daniel, camerounais résident à Beni Mellal et qui est réussi à entrer dans l’enclave espagnol avec sa femme et son fils de deux ans. Une première vague similaire s’était vérifiée le mois précédent, alors qu’une centaine de migrants avait atteint Ceuta à la nage. Pourtant, les chiffres touchés au cours de ce mois n’ont jamais été enregistrés dans la région. En fait, les autorités de Ceuta estiment qu’entre 8 000 et 10 000 personnes, en provenance du Maroc, ont atteint l’enclave espagnole, marquant la deuxième vague de tentatives de migration vers l’enclave.

Les protagonistes de cette « crise de nageurs » sont majoritairement d’origine marocaine et des dizaines d’origine subsaharienne. De ces premiers, beaucoup sont jeunes, avec une présence impressionnante de mineurs non accompagnés, dont certains âgés entre 7 et 9 ans. Les autorités ont compté aussi plusieurs pères et mères avec leurs enfants ligotés sur eux.

« Aussi beaucoup de jeunes de la province de Beni Mellal se sont rendus à Tanger pour tenter le passage vers l’enclave » raconte encore Daniel. En fait, la province de Beni Mellal est considérée un berceau de l’immigration vers les pays européens, lesquels ne cessent pas d’attirer de nombreux candidats à l’émigration. Néanmoins, les principales villes de provenances de ces migrants sont surtout celles de Tétouan, Nador, Fnideq (à une centaine de mètres de l’enclave de Ceuta) et ce sont de villes dont l’économie urbaine se basait essentiellement sur les échanges avec les deux enclaves de Ceuta et Melilla. Effectivement, après la fermeture des frontières, depuis plus d’un an, le commerce entre les deux régions a subi une crise sans précédents, alors que de nombreuses familles vivaient grâce à la contrebande qui provenait de Ceuta.

Après la fermeture des frontières terrestres, la traversé à la nage, ou à pied, le long de la mer – lorsque les contrôles frontaliers sont absents – est actuellement le seul moyen pour les candidats de la migration irrégulière, alors qu’avant, ces derniers se cachaient dans les voitures, les ferries et les remorques, pour atteindre les enclaves espagnoles. De plus, ces traversés à la nage sont également une opportunité pour les jeunes sans moyens financiers, puisque contrairement à la traversée vers l’Espagne continentale les passeurs ne sont pas impliqués, un aspect qui rend le voyage moins coûteux.

« Malheureusement nous avons été renvoyés par la Guardia Civil, après avoir attendu presque quatre heures sur la plage de Tarajal, nous étions tellement désolés » reprend Daniel. En fait, les migrants arrivés à Ceuta ont peu de chances d’y rester. Des 8 000 migrants arrivés à l’enclave, plus de 6 500 d’entre eux ont été renvoyés vers le Maroc. Effectivement, selon l’accord bilatéral de réadmission, signé entre le Maroc et l’Espagne, le 13 Février 1992 et qui prévoit, à l’article 1 « que les autorités de l’Etat sollicité (le Maroc) réadmettront les ressortissants des pays tiers qui auraient transité par leur territoire afin d’atteindre l’Etat requérant (l’Espagne)», le Gouvernement espagnol peut renvoyer les migrants qui attentent de manière irrégulière à leur pays. Malheureusement, le risque d’être rapatriés n’est pas le seul. Beaucoup de migrants ne savent pas à quoi s’attendre et ignorent les risques et les conséquences de ces traversés, qui peuvent aller jusqu’aux blessures graves, l’incarcération ou même mourir noyé.

L’objectif principal du projet SafeJourney est de contraster la migration irrégulière en sensibilisant les communautés locales, marocaines et subsahariennes, à travers une campagne d’information sur les risques de ce genre de migration. À ce propos, l’Unité Mobile, constituant l’un des services de proximité du projet, a lancé l’opération « solidarité migrante », démarrée dans la ville de Beni Mellal le mois dernier, et qui verra une autre intervention le 16, 17 et 18 Juin dans la ville de Tanger. L’opération cible la population migrante de Tanger à laquelle s’adressent les activités de sensibilisation sur les risques de la migration irrégulière et d’information pratique concernant l’accès aux services existants pour l’accompagnement juridique et humanitaire. Ces informations ont été recueillies dans un dossier d’information qui pourra fournir des instructions utiles à plus que 100 migrants provenant de différents pays centrafricains, et auxquels seront distribués également des bons d’achat.

Ibtisam Ektarabi, Chargée de Communication du Projet SafeJourney

Image Credit © Lagencia/imago images